17/10/2009

La peste soit des médecins du travail

Médecine du travail. Visite obligatoire.  Je déteste.

J'essaye de cacher mes vieux antécédents médicaux mais à la question "avez-vous des frères et soeurs ? " j'ai du mal à répondre "2" alors que c'était "5" et que ma vie et mon histoire, c'est 5 et pas 2.
Et comme je n'ai pas envie de laisser penser qu'ils sont morts d'alcool, de vitesse excessive en voiture, ou de suicide, je suis bien obligée de cracher le morceau. 
Evidemment, quand j'ai dit ça, je suis mal barrée, et, la curiosité du toubib étant piquée, il faut bien que je raconte la suite, parce que comme la suite est liée au reste, je ne me sens pas de dire que les 175 cm de cicatrices sont les séquelles des bagarres au couteau de mon adolescence.  

Généralement, le toubib est à la fois inquiet, intéressé et un tantinet curieux : il imagine un syndrome de Li Fraumeni dans son cabinet à lui qu'il a et où il s'ennuie toute la journée à entendre des jérémiades : ça le change TMS et autres employés qui se sentent agressés par des patrons qu'ils croient sadiques. 

Mais la dernière que j'ai rencontrée a fait très fort.

Je zappe les détails et lui balance l'affaire en 30 secondes, espérant qu'elle me fichera la paix, puisque c'est de l'histoire ancienne : des cancers très agressifs chez des gens jeunes, 3 morts, 1 blessée grave, mais plus rien depuis 15 ans, c'était sporadique, inexpliqué, le fait du hasard et de la faute à pas de chance, et voilà.  Peut-être Li Fraumeni, mais comme de toutes façons, on ne sait rien y faire, on a décidé de ne pas chercher, après en avoir longuement discuté avec des toubibs qui savaient de quoi ils parlaient.  
C'est comme ça, c'est la vie, je vais bien merci, ceux qui restent aussi - même s'ils pétochent un peu, parfois -, les autres sont morts, et tous, on maîtrise parfaitement la technique des petits bonheurs du jour qui passent à notre portée et qu'on attrape à pleines mains.  

C'était avoir mal percuté que la toubib avait enfin un truc intéressant à se mettre sous la dent.

Elle : Mais, vous faites encore des mammographies ?
Moi : Ben non (elle a écouté ce que je racontais, ou pas?)
Elle : Même pas des échographies ?
Moi (un peu goguenarde) : ben non, ça ne serait vraiment pas de chance qu'en plus, je développe un rhabdomyosarcome.    

Aucun effet sur la toubib qui ne percute pas mon ton un tantinet ironico-lâche-moi-les-baskets (est-ce qu'elle connaît seulement la chirurgie de lambeaux ?  même pas certainEn fait, là en le racontant, je me dis qu'elle a cru que je me payais sa tête ...)

Elle : Et la chimio, c'était à gauche ?
Moi : heu ... vous pouvez répéter la question ? (j'avais juste envie de répondre, d'une voie suraiguë : "STEPHANIE DE MONACO")
Elle : oui, la chimio, c'était à gauche ou à droite ?  C'est pour savoir si votre coeur est atteint.
Moi : heu, vous savez, la chimio, c'est plutôt central, dis-je en pointant la cicatrice de mon port a cath. 
Vous
voulez parler de la radiothérapie ? 
C'était à gauche, oui, mais on a vérifié à l'époque que mon poumon n'était pas trop bombardé.
 (pardon, mais de quoi elle se mêle, elle ?  Elle croit qu'on l'a attendue pour se préoccuper de ça ? )

Elle : je vais prendre votre tension.  
Moi : OK.  à gauche ou à droite ?
Elle : écoutez, étant donné les curages axillaires, je préfèrerais la cheville.
Moi : On n'a jamais pris ma tension ailleurs qu'au bras.  C'est bon, allez y.  J'vous jure que mes bras ne vont pas se mettre à gonfler comme ça pour si peu.

'tain mais elle m'a pris le chou, elle.
Elle est médecin du travail et elle s'y connaît en onco et en chirurgie comme moi en physique quantique.  
  
Je n'ai rien à faire de ses conseils, de ses avis, de ses suggestions : je sais ce que je fais, je sais pourquoi je ne fais plus de bilans depuis 13 ans, et je sais qui consulter si je change d'avis.

J'en ai assez que les médecins à qui je suis bien obligée de raconter les choses prennent des airs catastrophés.  C'est à moi (nous) que c'est arrivé, pas à eux, et pour des professionnels, ils ne sont pas au top en matière de gestion de leurs propres émotions.

La prochaine fois, promis, je mentirai tant que je peux et j'en profiterai pour m'amuser une miette.

Médecin : Vous avez encore vos parents ? 
Moi : Non, Papa est mort en prison, victime d'un règlement de compte de la mafia mexicaine pour une sombre histoire de coke.  Maman a fugué avec un polonais quand j'avais 3 ans et je ne l'ai plus jamais revue. 

Médecin : Vous avez des frères et soeurs ?
Moi : Oui.  Cinq.
Tous à l'université.
Dans des bocaux au labo de recherche des malformations congénitales.

Médecins : Et ces cicatrices, là, c'est quoi ?
Moi : Bagarre au couteau avec l'amant polonais de ma mère quand je l'ai retrouvé 20 ans après.

" 'faut pas gonfler Gérard Lambert quand il répare sa mobylette" , c'est ma devise.

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16:22 Écrit par Lau dans Général | Lien permanent | Commentaires (0)

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